"Dés que j'ai entendu Elena Vassilieva, j'ai eu l'impression immédiate qu'elle possédait un talent tout à fait unique. Elle est sous ma tutelle artistique depuis 1982"
(Docteur Elisabeth Schwarzskopf)

L'excellence de la distribution vocale a sa part dans la réussite de cette création : Elena Vassilieva (Perséphone) joint la beauté du timbre à l'égalité d'un registre de soprano lyrique et à une puissance et une rare sûreté d'intonation Janvier 1986 - Le Monde
"Le Rapt de Perséphone"
Les Sept Péchés Capitaux - Kurt Weil
Critique du 29 Marz 1983 - La Nouvelle République



Curieuse association pour cette soirée du ballet du Grand Théâtre Cocteau et le groupe des Six avant Brecht et Weil, la pochade précédait la morale, blues Mariés de la tour Eifel'' préludaient aux sept péchés capitaux'' le tout réunissant danse, chant, mime t théâtre en un éclectisme plus rétro que vraiment moderne ; mais Bretch et Weil sur e une affiche, voilà tout de même une nouveauté !

La mise est en scène des ''Mariés'' n'est pas si facile et les rôles de André Battedou (aise en scène), Janik rognon (chorégraphie) et même Jean Maillot (décors et costumes) finalement ardus. La suite de sketches cousue d'un fil fragile car poétique par Cocteau ' exige une vive imagination dans tous ces domaines et dans la direction d orchestre (André Guilbert) et sans aucun doute le spectacle présenté pouvait aller plus loin, quoique plaisant et souvent drôle. On retiendra, par exemple, les ombres chinoises déformées au début les apparitions de l'autruche, de la baigneuse, du lion, la sauveté du tableau final et même ''Le Discours du général '' mais '' Massacre et marche funèbre'' étaient un peu simplistes. En fait, l'oeuvre accuse son âge ; l'esthétique musicale du groupe des ''Six'' (déjà réduit à cinq pour ce manifeste), tout en flonflon de 14 juillet, hésite entre l'humour grinçant (Honegger, Milhaud) et la légèreté plutôt facile, Le texte de Cocteau ne tranche pas non plus (pourtant servi avec fantaisie et clarté par les deux phonos récitants, Ph. Ariotti et I.M. Delbary) surréalisme tournant court, allusions presque trop unes pour une même oeuvre scénique, assemblage voulu de lieux communs. Là est au fond le sujet : le mariage de la bêtise humaine et d'un fantastique poétique mode 1920... Cela fait beaucoup de celles à tirer, de mystères à mettre en images sinon à comprendre ! Il vaut mieux alors feindre de les ignorer et passer à plus consistant.

L'oeuvre de Bretcht et Weil est une sorte de parabole, en définitive plus explicite et d'une rhétorique inattaquable. Cela donnait, c'est vrai, un spectacle certainement moins ''plaisant'' à l'oeil, mais bien plus inventif et personnalisé, sans concession jusque dans son danois et blanc'' que la proximité des couleurs des lampions rendait, non plus triste, mais plus expressif.

Un personnage double se trouve confronté aux sept péchés capitaux des petite bourgeois : Anna 1 s'exprime par la voix, diversement modulée et Alma 11, sa sueur-double par la danse comme les personnes épisodiques. Sur l'avant-scène la famille' (mère, père et frères, quatre voix dégommes...) moralise, témoins inactifs car impuissants. En replaçant le ballet dans t'époque de sa création (1933), Antoine Coppado, metteur en scène et chorégraphe, exploite très adroitement le climat artistique d'abord, l'expressionisme (allusions à Marlène Dietrich, à Fritz Lang, etc.). L'action est pourtant située théoriquement aux Etats-unis, mais cet élargissement est bien venu, d'autant que les décors (Ph. Guilloux) et les costumes (P. Quentin) poursuivent dans cette double voie. Une réussite plastique certaine prolongée, mais plis inégalement dans le chant et la danse. Elena Goloubinova est une Anna 1 très à l'aise dans ce rôle qui évoque ainsi compris Lulu.. D'une étonnante présence elle ressent, et exprime fort bien l'ambigulté du personnage. Elle donne pratiquement les différentes utilisations de la voix voulues par Weil mais il lui manque un peu de graves pour donner toute la noirceur envoutante nécessaire. Le (collectif taille'' était tenu avec justesse par Noel, 1. Matiakh, I. Kriff et avec mention spéciale pour la beauté de la voix, par M. Hubert. 11 faut saluer la très belle performance de Sylvian.e Gabillàt en Anna 11. Elle aussi domine parfaitement le personnage complexe, confrontée à des situations diverses : elle sait animer l'interprétation avçc beaucoup d' expression et partage justement avec son double les applaudissements du public. Les rôles secondaires étaient plus inégalement tenus, mais le: scènes de fous (luxure, envie), particulièrement bien conçues permettaient à l'ensemble du ballet de se montrer sous un jour plutôt favorable.

Au total une soirée où le simple divertissement coterait l'originalité certaine : deux fonctions de la danse d'hier et aujourd'hui... le choc alors est subjectif.

D.S

Manon - J.Massenet
Critique du 3 avril 1983 - « Le Populaire »




Quel enchantement que ce ''Manon'' Intelligence de la mise en scène, beauté picturale, fraîcheur de l'interprétation, tout est là, tout concourt à donner un sentiment d'absolu et de plénitude à ce chef-d'oeuvre du répertoire français, dont le centenaire est ainsi célébré avec éclat.

D'afficher prometteuse n'a pas déçu, car il ne suffit pas de programmer une distribution de classe internationale pour s'assurer la réussite d'un opéra aussi difficile à maîtriser, tant musicalement que scéniquement. En effet, cet ouvrage exige la perfection : il doit être ciselé avec sensibilité et précision, pour exprimer, sans sombrer dans la banalité ou le lyrisme attendri cet érotisme discret et semi religieux qui constitue son essence même.

La mise ne scène exacerbe les temps forts de l'action, recrée l'unité et l'ampleur du drame avec justesse et simplicité. L'expression gestuelle est le relief aussi parfait que possible de la couleur musicale. Un climat authentique est créé, utilisant au mieux les ressources du décor et des éclairages. Nous retiendrons le tableau intimiste du deuxième acte, l'écran symbolique doré du accours la Reine'' et la scène de Saint-sulpice où culmine le glécome des passions.

11 est bien délicat de détacher tel ou tel nom d'une distribution aussi homogène dans la perfection, mais 11 est réjouissant de voir s'accomplir dans le rôle-titre une Jeune soprano en qui le public a reconnu une diva potentielle. Très contractée et bloquée au premier acte Elena Vassillieva se libère avec étudier notre petite tableau pour s'imposer franchement par la suite. Avec talent, émouvante, sans J'jamais tomber dans la grande coquetterie, la minauderie ou la vulgarité, elle accomplit physiquement et vocalement l'évolution de adolescence spontanée et délicieusement inconsciente vers la coquette entretenue, puis la ferme repentante. La voix, au timbre expressif, est ronde, d'un beau métal, les vocalises impeccables, le contre-ré plein, pur et sou- tenu, un bel avenir.

A ses côtés, ténor séraphique d'une grande musicalité, Alain Vanzo domine son sujet avec distinction et sensibilité à l'union des accents déchirants de Manon, et d'un Robert Massard qui, pour ses adieux, nous gratifie d'un ''Lescaut'' de rêve. Celui qui fut le baryton de toutes les distributions internationales de prestige, qui constitue une référence discographique, se retire de la scène en pleine possession de ses moyens physiques et vocaux.

Mais il n'en faut pas moins admirer la sombre gravité de Jacques Marz, puissant et digne dans son affliction ou la composition de Jack Claret, irrésistible en ''vieux Beau'' engoncé dans son ridicule et ses bonnes manières, sans oublier Yerry Mertz et le trio formé par Maryse thibaude, Christiane Hecker-vial et Luisa-à/laria Egurrola.

Tout au long de l'ouvrage, preuve d'un lyrisme véritable et communicatif sous la direction de maître Jean Périsson, un chef inter- natioaal dotât la fermeté de conception, remarquable, n'exclut pas liberté et souplesse et dont le sens expressif rehausse dans ses détails une partition terriblement difficile, suggestive et cuisante? qui, avec tous les raffinements possibles de nuances, èe modelé et surtout de phrasé, réapparaît comme le joyau qu'elle est.

Au troisième acte, le Ballet du Roy, photographiquement éloigné de la routine traditionnelle par une création classique, fluide et esthétique est l'occasion pour le corps de . À . ' ballet de s'illustrer daims (me exécution parfaite et pour les solistes José Ruiz et Evelyne Sottlie d'affirmer leurs progrès étonnants.

Sur la scène du Grand Théâtre, le chef-d'oeuvre de Massenet a rayonné dimanche à un de ses meilleurs niveaux.

Jean GUY

Stabat Mater - Pergolèse
Critique de l'Est Républicain - April 1984




Demain, à 21h, en la basilique Saint-Maurice d'Epinal, s'ouvrira le troisième Floréal musical avec l'ensemble orchestral de Paris sous la direction de Jean-pierre avaliez.Au programme les ''quatre saisons'' : de Vivaldi et le (datable Mater'' de Pergolèse. En solistes Nathalie Stutzmann, contralto que nous avons récemment présentée dans ces colonnes, et la soprano Elena Vassilieva.

Elena Vassilieva a déjà un magnifique palmarès. Il est vrai qu'avec une mère, deux frères et deux sieurs musiciens, et un intense travail, la musique devient une seconde nature. Alors que Catherine , d'années pianiste, Elisabeth violoncelliste et compositeur, Serge bassoniste et Jean existe amateur, Elena a tendu plusieurs cordes à son talent harpiste, danseuse, chanteuse lyrique. Elle est aussi lauréate des conservatoires de Nancy et de Paris.

Mais c'est la voix qui a pris le dessus et, en 1981, Schwarzkopf l'a choisie à deux reprises comme analyste de ses amasser classes. A Londress et à Hambourg l'année suivante puis à Salzburg, Elena s'est produite dans le rôle de Constance de ''l'enlèvement au sérails'' de Mozart ainsi que dans celui de la Comtesse des ''Noces de Figaro'' et en Flora dans la ''Traviata'' de Verdi.

Manon new look

Elle a triomphé dans Manon de Massenet aux côtés d'Alain Vanzo ainsi que dans ça version contemporaine d'Henze Boulevard Solitude en création mondiale à Nancy puis au théâtre du Châtelet à Paris.

Grand succès aussi à Liège dans la ''Rondine'' de puccini. Demain, à Epinal, Elena effectuera un retour aux sources puisque c'est dans cette ville, qu'à l'âge de douze ans, elle débuta dans la carrière lyrique aux côtés de ses deux soeurs et sous la baguette de sa mère dans ''Bastien et Bastienne|' de Mozart.

Didier HEMARDINQUER